« Allez Jérémy, dépêche toi, espèce de limace : les filles vont arriver à la piscine avant nous! Imagine un peu, être plus lent à se préparer que des filles, quelle honte !
- Bien dit, Romney ! » dis-je en rigolant.
Nous arrivons 5 minutes en retard, mais avec Jérémy fallait s'y attendre! On voit la pluie qui continue de tomber dehors à travers les baies vitrées de la piscine. Les filles sont déjà dans l'eau, leurs longs cheveux flottants. Nous voilà à peine arrivés au bord de la piscine que celles-ci nagent vers nous et nous éclaboussent! Une magnifique bataille d'eau commence. Au bout de 30 minutes, nous nous allongeons tous sur les transats, prenant un repos bien mérité. Mais alors que je commence à m'endormir tout doucement, Cécilia dit assez fort pour que nous puissions tous entendre :
- « Vous savez, pour la date, ça doit être une coïncidence. Après tout, ce n'est qu'une vieille légende.
- Bien sur, nous ne sommes pas superstitieux, n'est ce pas? » lance Étienne, mais sa voix sonne faux; trop aigue pour un garçon. Malgré notre soit-disant assurance, un doute et un mauvais pressentiment me tenaillent.
Finalement nous nous dirigeons vers le snack-bar en silence. Marisa sort un jeu de cartes de son sac, et nous nous mettons à faire une partie de poker. Il est 22h00 passé lorsque nous décidons d'aller nous coucher. Le trajet en car, ajouté à notre course folle et la bataille d'eau, nous ont vraiment fatigués. Arrivé dans la chambre, je sors mon agenda électronique de mon sac et regarde le nombre de jours qu'il nous reste en Angleterre. Nous sommes le 6 juin 2006, et nous repartons le 9, plus que 3 jours... Je n'ai pas envie de rentrer à Lyon: tout est génial ici. Je n'ai jamais été aussi proche de mes amis. Il est tard, je suis crevé, les autres dorment déjà. Je monte dans la couchette supérieure, Romney préférant celle du bas, et sombre dans un sommeil profond.
Un éclair me réveille en sursaut, je regarde ma montre : il est 23h30. La chambre est d'une clarté inquiétante.J'écarte les rideaux et regarde par la fenêtre. Sur la colline, un halo de lumière éclaire les alentours tel un phare; on se croirait en plein jour. Je me lève, m'habille rapidement et réveille Romney, Étienne et Jérémy. Je les mets au courant et tandis qu'ils se préparent, je déambule dans les couloirs afin d'accéder à la chambre 211 : celle de Cécilia et Marisa. Je frappe discrètement à la porte, en priant pour que ce ne soit pas l'une de leurs deux camarades de chambre qui réponde. Ouf, c'est Marisa qui, en débardeur et short, m'ouvre la porte. Je ne lui laisse même pas le temps de me demander quoi que ce soit. En silence je l'emmène jusqu'à la fenêtre et en l'espace d'un instant elle comprend de quoi il s'agit.: Quelque chose d'anormal est en train de se produire. Cécilia s'est déjà habillée, nous sortons de la chambre et allons rejoindre les autres.
Maintenant il s'agit de sortir de l'hôtel discrètement. Heureusement le réceptionniste somnole dans un coin du hall d'entrée. Une fois dehors, nous nous mettons à courir dans les hautes herbes. Il ne pleut plus mais tout est encore mouillé. La lumière devient de plus en plus aveuglante. Plus qu'une dizaine de mètres et nous y sommes. Puis tout à coup, Étienne, qui courait devant moi, s'arrête brutalement. Tout le monde ralentit :
- « Mais enfin qu'est ce que tu as? Demande Jérémy.
- Si vous voulez mon avis, on ne devrait pas y aller. On ne sait même pas de quoi il s'agit, répond Étienne.
- C'est bien pour ça qu'on y va, je te ferai remarquer, dit Romney.
- Écoutez les gars, vous faîtes comme vous voulez mais il est presque minuit et si quelqu'un nous surprend on est cuit, lance Marisa.
- Alors on y va » élucide Cécilia.
Malgré moi je me retourne et regarde l'hôtel. Une pensée mélancolique me traverse l'esprit tandis que tous ensemble nous reprenons notre marche. Alors que nous franchissons les premières pierres qui forment le cercle, la lumière s'éteint brusquement.
Nos jeunes héros ont laissés place à un site de Stonehenge vide de toute trace de leur passage. Nous sommes le 06/06/06, il est minuit pile et c'est la pleine lune.